NoGynophobie : Mon premier court métrage à L.A. !

Bonsoir à toi !

Tout d’abord, je tiens à m’excuser. Suite à des soucis personnels, j’ai du ralentir fortement la cadence de ce site, qui reprend aujourd’hui pour je l’espère un long moment encore !

Si tu es déjà venu par ici, tu sais que mes articles ont tendance à être engagés. Je suis féministe, ça commence à se voir !

Et je suis également réalisatrice. J’ai d’ailleurs tendance à utiliser des métaphores pour en parler : « Je fais des vidéos », « Je suis vidéaste », « J’écris des scénarios, je tourne, je cadre, je monte, bref ! ». Et oui. Le mot réalisatrice fait peur. Pourtant, ça a toujours été mon rêve.

Ce rêve commence à prendre forme un jour de 2006. Le film « Comme t’y es belle », de Lisa Azuelos, sort, et je l’adore. Avec ma sœur, on le regarde un nombre de fois incalculable, je connais chacune des répliques sur le bout des doigts. La magie des doubles DVD et des bonus me permet de regarder le making off, de tomber en admiration folle devant chacune de ces actrices que je trouve incroyables. Et de voir Lisa Azuelos. Et de réaliser qu’une femme, pouvait faire des films.

Voilà, c’est dit. Lisa Azuelos, c’est une histoire d’admiration qui dure depuis mes 13 ans.

Je veux faire du cinéma. Alors je fais des études d’audiovisuel. Puis j’ai rapidement trouvé un travail. Travail en entreprise. Travail ne m’épanouissant pas. Mais il paraît que le CDI, c’est important, que la créativité en bureau, c’est suffisant. Pourtant ça ne me suffit pas.

En parallèle, je m’implique de plus en plus dans le mouvement féministe. Je lis, je m’imprègne d’idées, je comprends des choses et je me dis qu’il faut en parler. Je lance Hear Her Out. L’effet est sans appel : quand je réalise mes vidéos, quand je rencontre ces filles, quand on construit quelque chose ensemble… Je suis enfin épanouie.

Et un jour, je tombe sur le site : NoGynophobie. C’est le site de l’association lancée par Lisa Azuelos, qui a pour but d’alerter et d’avancer dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Le mot « gynophobie » a d’ailleurs été inventé par Lisa Azuelos : il n’existait pas de mot regroupant l’ensemble des violences faites aux femmes.

Je me dis que vraiment, cette femme sait me parler ! Reconnue dans un domaine dont je rêve, engagée dans un combat qui me tient à cœur, vraiment, elle a l’air chouette.

Le 8 août, tout s’accélère. Sur le site de NoGynophobie, je remarque une annonce. Un concours de courts métrages avait été lancé. Il fallait faire un film sur la gynophobie, et l’envoyer avant le 8 septembre. Un mois pile.

J’ai écrit tout de suite. Les images s’enchaînent et se matérialisent, du clavier à l’écran.

Je veux parler des violences quotidiennes. De celles que l’on banalise. Tu sais bien. Quand on en parle, celles auxquelles on te répond : « Oh mais ça va. C’est pas si grave. » Avant de trouver une petite excuse à l’agresseur, et d’accuser discrètement la victime.

Je veux dire que traiter une femme de pute en fonction de la longueur de sa jupe, on l’a tous.tes fait. Malheureusement. Mais qu’avec les bons mots, les bons exemples, la bonne éducation, certain.e.s ont arrêté. Je veux dire ça : éduquons nous plus. Éduquons nous mieux.

Et surtout, je veux que tu ressentes tout ça. Je veux l’ancrer dans la réalité. Car c’est du vécu. Tu l’as vécu. Tes potes l’ont vécu. Je veux que face à ce film tu te sentes gêné. Parce qu’en fait il n’y a rien de spécial. Rien que tu ne connaisses pas. Et pourtant, face à ces scènes, est-ce que ça va ? Ou est-ce que tu es mal à l’aise ? Est-ce que toi aussi, tu te dis que les choses devraient changer ?

Je parle de mon idée à Noémie. Elle est tout de suite emballée. Elle veut jouer. Et grâce à ses contacts, les autres commédien.nes sont tous.tes trouvé.es rapidement. On a un mois, mais je travaille en semaine. Je monte à Paris et tourne chaque week end. Les comédien.nes sont géniaux.les. J’hallucine devant leur investissement, sans rémunération, parfois même sans me connaître, juste en ayant lu le scénario.

Les réseaux sociaux et leur magie me font rencontrer Amandine, qui me compose une musique originale.

Alexandre me fait in extremis le mixage son. Mon mec, mes potes, mes parents et ma sœur, m’aident et me supportent.

Le court métrage est fini. Le 5 septembre, je l’envoie pour le concours.

J’ai donné beaucoup pour ce concours mais je n’y crois pas. Je regarde un peu le travail des autres et me dis que mes idées ne passeront pas. Les gens ne comprennent pas. On me dit « Dans cette scène, il ne tape pas assez. » « Dans cette autre, elle ne dit pas assez non. » « C’est sympa mais j’ai pas compris… ». Alors on verra bien. Si je ne gagne pas, ce n’est pas grave. J’ai tenté et j’ai fait de mon mieux.

Le 20 septembre, un mail m’annonce que nous sommes 23 en lice, parmi plus de 100 films. La joie. Tess, qui joue dans mon film et en a également réalisé un pour le concours, est aussi sélectionnée, une super nouvelle.

Le 25 septembre, la nouvelle tombe : je fais partie des 10 lauréats. Mon court sera projeté dans un cinéma, avec Lisa Azuelos. Non attendez, vous n’avez pas saisi. MON FILM sera projeté dans un cinéma AVEC LISA AZUELOS. Peu importe ma place dans les 10. Mon film a été aimé. Mon film a été choisi. J’ai déjà gagné.

La projection a eu lieu hier. Mes parents et ma sœur m’accompagnaient. Les 10 films étaient excellents. Le dernier particulièrement, d’ailleurs, clique ici pour le visionner.

J’applaudis sincèrement à la fin de la projection. Lisa remonte sur scène. Elle dit que la sélection a été rude, que deux films se sont bataillés la première place. Pour départager, ils ont d’abord choisi de donner un prix interprétation. C’est Nolwen Cosmao, l’actrice du dernier court ! Elle le mérite vraiment.

Puis vient le moment d’annoncer le nom du gagnant. A ce moment il se passe un truc bizarre dans ma tête. « Et si jamais c’était… Non ce n’est pas toi non mais tu te calmes ! Non mais si jamais… Noooop ! Pas toi ! Tu vas être déç… »

Ma conversation intérieure est interrompue.

Lisa vient de dire mon nom.

Je peux difficilement exprimer les émotions qui sont montées à cet instant. Un tourbillon, une vague, quelque chose qui t’emporte et qui empêche la raison, la clairvoyance. Une puissance folle. Des larmes qui luttent pour passer le barrage de mes cils mais que je contiens. Pas maintenant, pas maintenant. Je dois descendre. Je dois parler. Je remercie mes acteurs, je bredouille que la gynophobie, je veux me battre contre elle, et je dis que je suis émue. On m’annonce que le prix secret de ce concours est de taille : mon court métrage sera projeté au festival de films français de Los Angeles, en avril. Je l’avoue, là je vacille.

Puis un clip « free the nipples » est projeté. La lumière s’éteint. Je remonte à mon siège, entre ma mère et ma sœur. Et tout explose. Les yeux, le cœur, la poitrine, la boule dans la gorge, le sourire qui tremble. Je pleure et je serre la main de ma sœur, le bras de ma mère ou peut être que c’est l’inverse, peut être qu’elles me prennent dans leurs bras, jusqu’à ce que la respiration se calme, inspire, expire, gonfle ton ventre, compte dans ta tête, essuie les larmes vite, avant le retour de la lumière !

La lumière se rallume.

Et ce n’est pas un rêve.

La soirée continue. Les gens me parlent, m’expliquent, ces têtes que je reconnais, sorties du grand écran, qui me disent bravo.

J’ai gagné. À cette période pas simple pour moi, ce moment de doutes, de décisions difficiles, de remise en question.

« Faut continuer maintenant », m’ont dit plusieurs personnes. Alors là, aujourd’hui, je vous promets ça.

Je vais continuer, maintenant.

lisa-azuelos

Effy's world

Laisser un commentaire

RELATED POSTS

%d blogueurs aiment cette page :